Entre petrification et consigne: une étude du surmoi autistique

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Publié le 28 octobre 2025 Mis à jour le 28 octobre 2025
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le 28 octobre 2025

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L’autiste, malgré l’importance qu’il alloue aux règlements, ne semble soumis ni à la loi ni à la règle. Nous supposons qu’il soit alors contraint par ce que nous appellerons consigne. Cette consigne permettrait alors au clinicien de faire entendre une demande au sujet, qu’une relation clinique puisse s’installer entre eux et qu’un travail puisse se mettre en place. Elle serait un témoin nouveau du caractère singulier de l’autiste qui en imposerait les critères. Par l’apport de cette notion, nous pouvons tenter de définir le surmoi auquel se soumet l’autiste comme pétrifié. En effet, ce dernier semble ne pas remplir sa fonction de localiser la jouissance du sujet la majorité du temps, mais parvient pourtant à le faire, une fois remis en fonction, quand l’autiste réussi à se constituer un bord. Mots clés: Psychanalyse; autisme; surmoi; voix

Cet article se situe au croisement de deux questions : d’une part les liens entre voix et surmoi sont depuis longtemps repérés et ont fait l’objet de nombreuses hypotheses depuis la calotte acoustique de Freud. D’autre part, de nombreux travaux récents ont remarqué les rapports spécifiques que les sujets autistes entretiennent avec l’objet voix. Dès lors, la question des liens entre surmoi et voix dans l’autisme apparaît tout à fait pertinente. Néanmoins, à notre connaissance, aucune proposition et aucune modélisation ne peuvent être trouvée dans la littérature psychanalytique. Nous nous attacherons donc à explorer cette délicate question, tant sur le plan clinique qu’au niveau métapsychologique.

Au sein de la clinique, plusieurs expériences nous amènent à questionner l’existence de l’instance surmoïque au sein de l’appareil psychique autistique. Il est fréquent de repérer à quel point certains sujets autistes respectent à la lettre des règlements et témoignent d’une profonde incompréhension face à ceux qui y dérogent. D’autres sujets, appelés autistes de haut niveau, peuvent même être en recherche de quelque chose qui se voudrait être des “règles absolues”. Ce rapport au règlement repose-t-il sur une acceptation de règles ou de la loi? Par ailleurs, le sujet autiste témoigne volontiers d’une position coupée de l’Autre ou bien, lors des crises autistiques, d’une décharge importante sans possibilité de contrôle, deux phénomènes qui viennent alors laisser penser une défaillance radicale du côté surmoïque. L’autiste se faisant hermétique à l’Autre, nous pouvons légitimement questionner s’il a la capacité d’incorporer la loi comme d’intégrer la règle et, de surcroit, si l’instance surmoïque est existante chez le sujet autiste. Nous répondrons à ces questions en proposant tout d’abord un troisième terme, établissant une stricte différence entre consigne, règle et loi. Une phénoménologie clinique de la consigne sera établie, avant d’en proposer dans un second temps un modèle théorique. Celui-ci nous amènera à envisager l’effet de la pulsion invocante sur le corps autistique, en termes de “resonance pétrifiée”. Nous serons alors en mesure d’évoquer l’hypothèse d’un surmoi autistique qui, loin d’etre pétrifiant comme il peut l’être dans les psychoses, peut se retrouver pétrifié.


Frederic VINOT

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