Si marcher est un acte quotidien, certains patients témoignent d’une véritable décharge de mouvement, parfois nommée errance, déambulation, hyperkinésie… Cette particularité rencontrée dans la clinique de l’adulte autiste ne s’y limite pourtant pas. L’enjeu de cette thèse est double : préciser comment ces mouvements participent de l’économie psychique de tout sujet et proposer une modélisation pour la pratique clinique des médiations.
En 1re partie, nous mobilisons des apports issus de la psychanalyse, de l’anthropologie et de la philosophie. Si la marche est souvent pensée de manière métaphorique, à partir d’analyses linguistiques, une remarque de Roger-Pol Droit ouvre la piste d’une possible identité entre timbre et démarche, suggérant l’hypothèse d’un « au-delà de l’Autre ».
En abordant la démarche comme style, dans notre 2e partie, nous proposons l’écriture « démarche » – mettant en évidence une modalité de réponse du sujet face au réel. Nous formulons ainsi l’hypothèse qu’entre corps et langage, le mouvement est là qui fait accord, selon la proposition de Jacques Lacan. De plus, avec les premiers philosophes gréco-romains, nous concevons le mouvement humain dans sa dimension pulsatile.
En 3e partie, nous montrons que les réflexions contemporaines sur la pulsion motrice (J.-M. Forget, J. Bergès, M. Couvert) – trouvent déjà un premier écho dans l’écrit prépsychanalytiquede Freud, L’Esquisse d’une psychologie, dont nous proposons une analyse détaillée.
En 4ème partie, nous empruntons deux directions. La première interroge l’objet a en tant que résidu de jouissance. Nous examinons et prolongeons l’hypothèse de la gravité comme objet a (J-M. Forget), et celle de l’espace comme objet a (M. Couvert). Si l’objet a s’envisage comme résidu de la jouissance – dans sa relation à la pulsion et dans son articulation avec l’Autre –, les réflexions sur la chute et sur l’Un, inspirées de Plotin et mises en dialogue avec Lacan, ouvrent une seconde voie : celle de la lettre, envisagée comme possible écriture de la jouissance.
En 5e partie, l’analyse des effets cliniques de dispositifs médiatisés auprès d’adultes autistes permet une dernière élaboration. À partir de la remarque de Jacques Lacan sur la calligraphie, nous soutenons notre ultime proposition : la possibilité d’adresser « les mouvements autistiques » à partir de l’appui sur la « lettre-corpographique » comme bord dans la rencontre ; signant la possibilité d’une bascule, du geste vers la « situation chorée-graphique ». Par « situation chorée-graphique », nous soulignons la possibilité pour le sujet, de situer son adresse au champ de l’Autre. Ceci permet de déployer les conséquences théoriques et cliniques de cette exploration psychanalytique du corps en mouvement, de la production d’un geste par le sujet à la production du sujet par le geste, quelque part entre corps et langage.
Composition du Jury :
Julia Maciel Soarez, MCF Universidade Federal do Maranhão (Brésil), rapporteur
Derek Humphreys, Pr, Univ. Paris Cité , rapporteur
Jean-Michel Vives, Pr UniCA, examinateur
Frédéric Vinot, MCF HDR UniCa, Directeur de thèse.
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https://univ-cotedazur.zoom.us/j/7998883191
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