Soutenance de thèse : Bien-être, santé et performance au travail des musiciens d'orchestre professionnels
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le 8 décembre 2025
Campus Saint Jean d'Angely
Salle plate 031
Les musiciens d’orchestre professionnels connaissent des taux de prévalence qui franchissent régulièrement les 60 % de troubles musculosquelettiques. L’étude des facteurs de risque fait apparaître, au-delà des risques liés au jeu instrumental lui-même, des problématiques multifactorielles liées à la vie collective, l’organisation du travail ou encore la supervision permanente du chef d’orchestre sur fond de pression constante à la performance. Derrière l’image idéalisée de l’artiste qui vit de son art dans un monde d’insouciance, ces professionnels sont confrontés à des conditions de travail reconnues comme sources d’accidents du travail et de maladies professionnelles. Dans cette thèse, nous avons dépassé les raisons objectives pour lesquelles les musiciens pourraient se blesser en jouant, en nous intéressant à leurs ressentis au travail.
Madame Anne MAUGUE
PSYCHOLOGIE
Soutiendra publiquement ses travaux de thèse intitulés
Bien-être, santé et performance au travail des musiciens d'orchestre professionnels
Composition du jury proposé
M. Dirk STEINER Université Côte d'Azur Directeur de thèse
Mme Caroline MANVILLE Université Toulouse Capitole Rapporteure
M. Jean-Luc BERNAUD Cnam Rapporteur
Mme Evelyne FOUQUEREAU Université de Tours Examinatrice
Mme Anne-Sophie ROUSSEAU Université Côte d'Azur, UMR CNRS 7277 INSERM U1094 Examinatrice
Mots-clés : Justice organisationnelle,Santé,TMS,Musiciens,Incertitude,Performance
Résumé :
Les musiciens d’orchestre professionnels connaissent des taux de prévalence qui franchissent régulièrement les 60 % de troubles musculosquelettiques. L’étude des facteurs de risque fait apparaître, au-delà des risques liés au jeu instrumental lui-même, des problématiques multifactorielles liées à la vie collective, l’organisation du travail ou encore la supervision permanente du chef d’orchestre sur fond de pression constante à la performance. Derrière l’image idéalisée de l’artiste qui vit de son art dans un monde d’insouciance, ces professionnels sont confrontés à des conditions de travail reconnues comme sources d’accidents du travail et de maladies professionnelles. Dans cette thèse, nous avons dépassé les raisons objectives pour lesquelles les musiciens pourraient se blesser en jouant, en nous intéressant à leurs ressentis au travail. À travers trois études aux méthodes différentes, ce sont plus de 500 musiciens d’orchestre professionnels qui ont contribué à constituer une considérable base de données que cette thèse n’analyse qu’en partie. Une première étude transversale a confirmé pour cette population le lien déjà scientifiquement documenté entre des perceptions de justice au travail, une identité sociale collective et la santé. Un musicien qui ne se sentait pas reconnu et écouté par sa direction ou n’avait pas assez de place pour jouer ou de lumière pour lire sa partition, était soumis à des risques psychosociaux impliqués dans les troubles musculosquelettiques. Inversement, des perceptions de justice étaient associées à une identité sociale plus collective et une identification à son orchestre, facteurs de coopération et d’engagement dans le groupe. Durant la crise sanitaire COVID-19, l’incertitude professionnelle a eu plus d’impact sur les musiciens qui avaient des conditions de vie difficile, ne se sentaient pas reconnus par leur(s) employeur(s) et connaissaient une baisse de leur estime d’eux-mêmes. Le maintien d’une balance émotionnelle positive limitait la perception de l’effort pour permettre la poursuite d’une pratique instrumentale dans le plaisir, favorisant une motivation intrinsèque au maintien de l’entraînement. La santé et la performance en reprise d’activité étaient conditionnées par le niveau de préparation du musicien. La troisième étude, pluridisciplinaire, a permis la mise en relation des mesures de fréquence cardiaque des musiciens, enregistrées au fil de nombreuses séances, et leurs ressentis en termes de justice ou d’injustice au travail, de santé, d’identification au groupe, d’engagement, de bonheur et bien d’autres. Les résultats ont confirmé le modèle proposé, dans lequel de faibles perceptions de justice étaient associées aux problèmes de santé alors que des sentiments de bientraitance rendaient les séances moins coûteuses physiologiquement et orientaient l’identité sociale vers une identification à son orchestre et l’engagement au travail. Les résultats mis en lumière par cette thèse montrent que les musiciens, à l’instar probablement de bien d’autres professions, poussent régulièrement l’engagement un peu trop loin sans avoir la sensation de se mettre en danger. Entre les exigences d’un jeu instrumental axé vers la performance et une organisation du travail sur laquelle ils n’ont aucun contrôle, ces professionnels sont pris dans un étau dont les déterminants sur leur santé, leur bien-être et leur performance sont bien difficiles à mettre en lumière.
Au-delà de l’identification des facteurs de risque qu’il est indispensable de limiter pour éviter des conséquences néfastes sur la santé, cette thèse s’appuie sur les ressources qui peuvent être développées pour limiter les exigences et orienter ces professionnels vers une voie qui permette à chacun de s’épanouir et s’engager au sein du groupe, pour une performance individuelle et collective durable.